Nous vivons dans une époque qui nous pousse sans cesse vers l’avant.
Plus de performance.
Plus de productivité.
Plus de réussite.
Nous poursuivons des objectifs, des projets, des revenus, des relations, des expériences.
Pourtant, au milieu de cette course, une question surgit parfois :
Et la joie dans tout cela ?
Non pas le plaisir ponctuel d’obtenir ce que nous voulions.
Mais cette sensation simple de se sentir vivant.
Il y a quelques mois, je traversais une période difficile.
Les projets, les responsabilités, les questions financières, l’avenir, mon fils, mon activité.
Mon esprit tournait sans cesse.
Puis une phrase s’est imposée à moi :
« À force de focaliser sur les résultats, j’en ai oublié la joie. »
Je crois que beaucoup de femmes et d’hommes pourraient prononcer ces mots.
Nous avons appris à travailler, à tenir, à porter, à gérer.
Mais qui nous a appris à préserver notre joie ?
Notre société célèbre les objectifs atteints.
Le diplôme, la carrière, la maison, le projet réussi, la performance.
Mais la joie, elle, ne se mesure pas.
Personne ne demande :
« As-tu suffisamment ri cette semaine ? »
ou
« Quand t’es-tu amusé pour la dernière fois ? »
Et pourtant, une existence remplie de résultats n’est pas forcément une existence remplie de vie.
Pendant longtemps, j’ai cru que je manquais d’énergie. Puis j’ai cru que je manquais de temps.
Aujourd’hui, je vois les choses autrement.
Je crois qu’une partie de moi avait cessé de bouger intérieurement.
Je continuais à faire du sport.
Je prenais soin de ma santé.
Mais je poursuivais encore un objectif.
Ce n’était pas la même chose que la joie.
Je me souviens d’un week-end récent.
Les peurs financières étaient présentes.
Je me sentais lourde, enfermée dans mes pensées.
Alors j’ai mis une musique que j’aime profondément. J’ai commencé à bouger. Sans chorégraphie. Sans objectif.
Mon bassin s’est remis en mouvement.
J’ai respiré.
Et quelque chose a changé.
Mes problèmes n’avaient pas disparu.
Mais mon état intérieur, lui, avait changé.
La peur avait laissé place à une forme de confiance et de légèreté.
La joie revenait.
Bien avant le Tantra, il y eut la danse orientale.
Pendant plusieurs années, elle a occupé une place immense dans ma vie.
Je dansais presque chaque jour.
J’enseignais parfois.
Je montais sur scène.
Mais ce n’était pas la technique qui me fascinait. C’était ce qu’elle réveillait.
Le mouvement du bassin. Les ondulations.
La fluidité.
Le plaisir simple d’habiter son corps et de célébrer la vie.
Je me sentais vivante.
Depuis plus de dix-sept ans, j’accompagne des femmes et des hommes à travers le massage tantrique.
Lorsque quelqu’un me dit :
« Je suis épuisée »,
« Je ne ressens plus grand-chose »,
« Je n’ai plus envie de rien »,
je retrouve souvent un souffle court, un ventre contracté et un bassin figé.
Comme si toute l’énergie utilisée pour tenir debout avait progressivement immobilisé ce qui nous relie au plaisir d’exister.
Le bassin participe :
Lorsque nous remettons du mouvement dans cette région du corps,
la respiration devient plus ample,
le ventre se relâche
et le système nerveux quitte progressivement l’état d’alerte.
La joie réapparaît alors non comme une excitation passagère, mais comme une sensation profonde de vie.
Mettez-vous debout, les pieds écartés à la largeur du bassin.
Inspirez.
Laissez votre bassin dessiner un U vers l’arrière et vers la gauche.
Puis expirez longuement, la bouche en forme de paille, et ramenez le U vers l’avant.
Ressentez le périnée se contracter au bout du souffle.
Puis ressentez le périnée se relâcher à l’inspire en formant à nouveau le U vers l’arrière et vers la droite.
Ne cherchez pas la performance.
Cherchez simplement la sensation.
Prenez le temps de sentir, de respirer et d’habiter ce mouvement.
Il aide à assouplir le bassin, et à relâcher les tensions.
Et il s’avère très efficace dans l’intimité pour mieux ressentir son/sa partenaire.
Dans la tradition tantrique, Shiva est parfois représenté comme le danseur cosmique.
Il ne crée pas le monde par la force.
Il le crée en dansant.
Cette image nous rappelle que le vivant est mouvement
et que lorsque tout se fige, quelque chose en nous s’appauvrit.
Le massage tantrique n’est pas seulement une exploration de la sensualité.
Il devient un espace où l’on peut
ralentir,
respirer,
ressentir
et réhabiter son corps.
Parfois le désir revient. Parfois la confiance revient.
Mais presque toujours, quelque chose recommence à circuler :
la vie.
Nous avons appris à réussir.
Nous avons appris à produire.
Nous avons appris à tenir.
Mais nous avons parfois oublié de cultiver la joie.
Peut-être que le chemin du retour ne commence pas dans un nouveau projet.
Peut-être commence-t-il simplement là où nous avons cessé de nous sentir vivants :
dans le souffle,
dans le mouvement,
dans le bassin,
dans les plaisirs de la vie.
Hajira Lamrabet
Fondatrice de la méthode Toucher de Soie®,
Praticienne et formatrice en massage tantrique.
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