J’ai acheté un roman jeunesse à mon fils, pour l’aider à se préparer à sa rentrée en 6e.
Un vrai roman, sans image, choisi avec soin :
« Le Passe-Miroir » de Christelle Dabos.
Rien de trop compliqué. Mais rien non plus de visuel.
Et c’est là que tout a commencé.
Lui, habitué aux mangas, à l’image immédiate, m’interrompt au bout de quelques lignes :
« Maman, il n’y a pas d’image. »
Je lui réponds :
« Non, justement. L’image, cette fois, tu vas devoir la créer toi-même. »
Nous lisons à deux voix. Chacun un chapitre.
Puis je lui demande de me raconter ce qu’il a compris. Mais je sens sa lutte.
Et la mienne aussi.
Car ce type de lecture, même pour moi, demande une chose essentiel : du temps pour entrer.
De la patience pour que les mots dessinent lentement, à l’intérieur, un univers qu’on ne voit pas encore.
Et là, j’ai eu une révélation.
Quand un enfant découvre la lenteur d’un récit, il apprend aussi à habiter le silence.
À construire un monde en lui.
À s’appartenir.
L’imaginaire est une chambre secrète où il pourra un jour se réfugier quand la vie deviendra trop dure.
Un lieu qu’il faudra entretenir, enrichir, visiter souvent.
Et dans un monde rapide, bruyant, saturé d’écrans…
Lire un livre sans image devient un acte de résistance.
Une prière intérieure.
Aujourd’hui, tout est prémâché.
On nous donne la scène, les couleurs, les visages.
Nous devenons passifs devant le monde.
Lire un roman devient une ascèse.
Il faut tout construire en soi.
C’est lent. Exigeant. Mais infiniment plus puissant.
J’ai dit à mon fils :
« Si tu m’interromps, je ne peux pas entrer dans mon voyage.
Je dois construire l’image dans ma tête.
Tu ne peux pas la voir de l’extérieur, mais elle est en train de naître à l’intérieur. »
Et je me suis dit :
Combien d’adultes aussi, ont perdu cette capacité ?
Combien ont déserté leur imaginaire ?
Sans imaginaire :
L’imaginaire est une terre intérieure, une matrice vivante.
Il nous relie au désir, à la mémoire, à la pulsion de vie.
Mais si l’on n’apprend pas à la cultiver, cette terre se dessèche.
Et nous devenons des consommateurs d’images, incapables d’en créer une seule de l’intérieur.
Sans imaginaire, on ne peut pas :
Les contes, les rêves, les métaphores sont des outils thérapeutiques puissants.
Ils contiennent en eux la transformation, le déplacement symbolique, le sens caché.
Et dans le massage tantrique, lorsque j’utilise des archétypes, des images, des éléments…
je rends au corps sa capacité d’imaginer…
donc de ressentir, de comprendre, de se réparer.
C’est voir au-delà.
C’est pressentir ce qui pourrait être.
C’est raviver la beauté du monde en soi.
L’imaginaire est un feu sacré.
Et ceux qui prennent le temps de l’honorer s’offrent un monde entier.
Peinture de Nestor Martin-Fernandez de la Torre
L’imaginaire est à la racine du désir.
Et le désir, dans sa forme la plus pure, est la racine du sacré.
Avant de toucher, de vouloir, de prier — il faut voir autrement.
Non pas avec les yeux, mais avec cette vision intérieure, intuitive, qui devance la forme.
Imaginer, c’est plus que rêver.
C’est ouvrir une alcôve intérieure, un espace vide et vivant, où peut venir s’infiltrer ce qui n’a pas encore de nom.
C’est préparer le sol d’une éclosion,
mettre en vibration le vivant avant même qu’il n’advienne.
Pas d’un acte. Ni d’un mot.
Mais d’un souffle.
D’une onde.
D’un désir qui vibre avant même d’exister.
C’est là que tout commence.
Le désir ne naît pas du manque.
Il naît de l’élan imaginal, de cette capacité à pressentir qu’un autre monde est possible.
Imaginer, c’est dire :
« Et s’il existait un autre espace en moi ? Une autre version de l’amour, du plaisir, de la prière ? »
C’est pourquoi le désir véritable naît toujours d’un imaginaire vivant,
et non d’un fantasme figé.
Le désir devient alors une traversée,
une danse vers la Source,
un appel du vivant à se révéler autrement.
Quand j’accompagne un souffle, je raconte une histoire.
Quand je touche une peau, je réveille une mémoire.
Quand je masse, j’invite à voyager.
Car chaque acte tantrique est aussi un acte poétique.
Une manière d’ouvrir l’invisible.
Et parfois même, c’est déjà aimer.
Aimer l’invisible. Aimer le possible.
Aimer avant que le monde ne prenne forme.
Imaginaire.
Désir.
Mystique.
Trois langages. Une seule source.
Trois visages d’un même frisson d’existence.
Et c’est peut-être ça, au fond, la vocation tantrique :
- Réconcilier ces trois langages.
- Rendre au désir sa dimension mystique.
- Offrir à l’imaginaire sa force de guérison.
Et rappelez-vous que rien n’est plus vivant que ce qui vibre avant de naître.
Hajira
Tantrika – Conteuse de l’invisible – Mère éveillée
Partager l'article
Besoin d'un renseignement ?
on vous rappel
Parce que l’intime est un chemin sacré.
Parce que le toucher peut soigner, éveiller, transformer.
Parce que vous méritez une approche respectueuse, profonde et incarnée.








Le Toucher de Soie invite à une exploration profonde et sensible du corps, pour éveiller l’énergie vitale et se reconnecter pleinement à soi.
© 2025 Toucher de Soie®
2 réponses
Très beau récit beaucoup d imagination de rêves de fantasmes quel voyage superbe
André
Merci pour votre précieux retour André, que vos rêves ne cessent de vous emmener vers de sublimes voyages 😉