Il y a des phrases qui tombent comme un souffle, au début d’une séance.
Des mots que les femmes prononcent avec pudeur, comme s’ils venaient de loin, d’un lieu intérieur trop longtemps tu.
« Je ne ressens plus rien … là»
Leur regard baisse.
Leur voix tremble.
Et dans ce petit mot — “là” — se loge un monde.
Un monde de silence, d’absence, de confusion.
Certaines parlent de leur intimité comme d’un désert.
D’autres comme d’un mur.
Elles disent parfois :
« Mon corps est mort. »
Et ce n’est pas seulement la sexualité qui s’est éteinte… c’est la vitalité même qui semble s’être retirée.
Ce qui rend cette douleur plus complexe encore, c’est qu’elle se manifeste parfois au cœur d’une relation stable, aimante.
« J’aime mon compagnon… mais je n’ai plus de désir. »
Et ce paradoxe devient une blessure en soi.
On ne comprend pas.
On culpabilise.
On essaie de “réveiller le désir”, de se forcer, d’avoir recours à des recettes toutes faites.
Mais cela ne fonctionne pas.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que ce silence du corps est une réponse.
Pas un dysfonctionnement.
Une protection.
Quand le corps a connu trop d’intrusions, trop de regards salissants, trop de gestes malvenus ou de mots humiliants, il se referme.
Il se déconnecte.
Il devient ce qu’on appelle en psychanalyse un corps-défense.
Et ce corps-là ne veut plus être pris.
Il veut être reconnu.
Écouté.
Revalorisé.
Dans le tantrisme, on ne cherche pas à “réactiver” la sexualité comme on appuie sur un interrupteur.
Notre société a plaqué sur la sexualité des codes de performance :
Mais le désir véritable ne se fabrique pas.
Il naît d’un état d’être.
Ce que j’observe en tant qu’initiatrice, c’est que les femmes en perte de désir ont souvent traversé des années à se nier.
Elles ont donné, pris sur elles, ignoré leurs sensations pour tenir debout, pour rester aimées, pour survivre.
Un corps qui ne ressent plus n’est pas un corps vide.
C’est un corps plein… de mémoire.
Comme le rappelle Gérard Leleu, notre manière de vivre l’intime dépend de notre représentation de nous-même dans le monde.
Et cette représentation, elle s’ancre dès l’enfance.
Si, petite fille, on a reçu des messages de honte, d’impureté, ou pire, vécu des abus ou des attouchements, alors le corps devient un lieu à fuir, non à habiter.
On se construit alors une sexualité “par-dessus”, souvent pour l’autre, jamais pour soi.
Dans les approches tantriques, soufies ou chamaniques, le corps n’est pas un obstacle à l’élévation : il en est le temple.
Toucher le corps avec conscience, c’est réveiller l’âme.
À travers les rituels que je propose, il ne s’agit pas de réveiller un feu animal, mais de réaccorder le souffle, la peau, le cœur.
Il s’agit de passer de l’usage du corps à la présence au corps.
Quand une femme s’allonge pour recevoir un massage tantrique, elle ne vient pas chercher une solution.
Elle vient offrir à son corps la possibilité d’être ressenti autrement.
Sans objectif.
Sans attente.
Sans injonction.
Et dans cet espace neutre, sacré, sécurisé, elle redécouvre parfois une sensation oubliée :
C’est le début d’un nouveau dialogue.
Ce qui est frappant, c’est que le désir revient souvent… par surprise.
Non pas par stimulation externe, mais par reconnexion interne.
Dans ces moments de massage, une femme me dit parfois :
« Je crois que je ressens quelque chose. »
Puis, un jour : « Je me sens vivante. »
Et parfois même : « Je me désire. »
Ce “je me désire” est la clé.
Car avant de désirer l’autre, il faut se désirer soi-même.
Pas comme un objet sexuel, mais comme une entité vivante, vibrante, digne d’amour et de présence.
Si tu ne sens plus ton corps aujourd’hui, ce n’est pas une faute.
C’est une invitation à revenir.
Revenir doucement.
Avec patience.
Avec tendresse.
Le tantra, pour moi, n’est pas une voie mystique lointaine.
C’est une médecine du lien.
Un rituel de paix en toi… et toi.
derrière ce silence du corps, il y a souvent un homme qui aime encore.
Pour comprendre l’écho de cette absence dans le coeur masculin, je vous invite à lire CE second article.
Avec douceur et présence,
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